« Annick NOIRHOMME directrice des 2e et 3e degrés | Changer le monde, ça commence à l’école ! »

L’au revoir d’Hugues Delacroix à ses élèves

Chers élèves,

Au cours des 21 dernières années, la Célébration de rentrée a toujours été pour moi un moment particulièrement fort dans la vie de notre école mais aussi dans ma fonction de directeur.

Quoi de plus beau en effet que de s’arrêter une bonne heure tous ensemble pour prendre un peu de recul et confier au Seigneur nos joies, nos peines, nos projets ou nos inquiétudes en début d’année scolaire. Quand, en plus, la célébration est rendue vivante par la qualité de la préparation des textes, les magnifiques animations musicales et la participation d’un grand nombre d’entre vous, on ne peut être que comblé !

Le hasard ou la Providence, appelez-le comme vous voulez, font que cette célébration de rentrée 2018 correspond à mon départ de l’INDA pour assumer d’autres responsabilités au service des écoles de Namur et Luxembourg. Alors, je profite de l’opportunité pour m’adresser une dernière fois à vous, très chers élèves. (Les parents et professeurs présents peuvent rester… Mais j’aurai sans doute encore l’occasion de leur adresser quelques mots dans les prochains jours)

Chers élèves donc,

Soyez tout d’abord convaincus que vous êtes tous et chacun individuellement la raison de mon engagement dans le beau métier de professeur. Et je pense pouvoir dire que cela est vrai pour la toute grande majorité de vos enseignants, pour ne pas dire tous.

Chacun d’entre vous, comme chaque être humain, possède en lui un trésor inestimable, un diamant brut, une part de divin qu’il convient parfois de découvrir, de travailler ou d’exploiter.

Nous avons tous nos défauts et sommes remarquablement doués pour en faire nous-mêmes une liste exhaustive. Vous le savez aussi bien que moi, il est souvent plus difficile de mettre en avant nos qualités ou ce dont nous sommes fiers. Et je reconnais sans peine que l’école a une part de responsabilité quand, par exemple, on vous fait une remarque parce que vous avez un petit écart de comportement alors qu’on oublie souvent de souligner toutes les fois où vous avez été merveilleux… Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, les éducateurs ont raison de vous rappeler à l’ordre au besoin et de vous inviter ainsi à réfléchir au comportement à adopter.

Vous êtes donc uniques, formidables, vous regorgez de talents et pourtant la vie n’est pas toujours facile, loin s’en faut… Vraiment difficile de vous proposer un chemin qui mène au bonheur.

Ce chemin est personnel et donc particulier pour chacun.

Mais je me permets de vous suggérer deux ou trois pistes :

Soyez fiers de vous… parce que vous le valez bien

Prenez le temps de réfléchir. Posez-vous des questions existentielles : Qui suis-je vraiment, moi ? Qu’est-ce qui fait de moi un être unique au monde ? D’où vient le monde ? Dans quel type de monde, dans quel type d’école, ai-je envie de vivre ? Quel type d’homme ou de femme ai-je envie de devenir ? Quels sont mes rêves mes passions, qu’est-ce qui me dégoûte ? Autant de questions qui peuvent aussi vous amener à choisir telle ou telle voie pour vos études.

Quelle est ma part de liberté ? Suis-je vraiment trop petit pour avoir une influence sur cette société. Pour ma part, j’aime beaucoup la maxime qui dit que « Celui qui pense qu’il est trop petit pour changer le monde, n’a jamais dormi avec un moustique dans sa tente » … Or ne sommes-nous pas plus grands et plus forts que ces moustiques ? Et si nous étions ne fut-ce que les moustiques du monde, ce ne serait déjà pas si mal si c’est notre façon à nous de construire une société plus juste, plus équitable, plus accueillante pour chacun quel qu’il soit.

Réfléchir, c’est aussi développer votre esprit critique. Apprendre à discerner ce qui est vrai, ce qui est juste de ce qui ne l’est pas. Apprendre à identifier les influences de la société, les courants idéologiques, les façons de présenter les choses pour transmettre un message ou une info. Avoir l’esprit critique, ce n’est évidemment pas refuser en bloc tout ce que disent vos parents ou vos professeurs parce qu’ils sont vieux et que je vous ai dit d’apprendre à penser par vous-même. Avoir l’esprit critique, c’est au contraire chercher le sens de ce qu’ils vous disent et l’interroger. Cela fait-il sens pour vous ? Interroger parents ou professeurs pour mieux comprendre leur point de vue et développer intelligemment le vôtre dans le respect mutuel.

En évoquant vos parents, je peux vous assurer de leur amour pour vous. En 21 ans de présence dans l’équipe de direction de l’INDA, je n’ai jamais rencontré un parent qui n’avait pas un amour entier et inconditionnel de leur enfant. J’ai bien entendu rencontré des parents qui avaient du mal à l’exprimer ou dont les inquiétudes pour leur ado étaient telles qu’ils ne savaient pas ou plus comment bien faire. J’ai rencontré tout autant de jeunes qui en avaient ras-le-bol (pour dire les choses poliment) qui râlaient sur les incapacités des adultes mais, quand je les interrogeais, aucun d’entre eux ne disait jamais qu’il n’aimait pas ses parents… Tout au plus peut-on ne pas aimer certains comportements des uns ou des autres… En outre, reconnaissons qu’une bonne part des difficultés vient du fait que nous ne communiquons pas toujours en vérité. Souvent par pudeur, ou par peur de faire mal, de décevoir ce parent qu’on aime…

Je sais que vous n’êtes pas venus pour m’écouter moi et que vous êtes impatients de retourner aux cours, je vais donc abréger la liste des choses que j’avais envie de vous dire.

Avant de conclure, Je vous de coupler la devise des louveteaux ou des lutins “de notre mieux” avec celle des scouts et guides “toujours prêt”. (Je n’ai rien contre les patros, bien au contraire)

Soyez toujours prêts à faire de votre mieux.

C’est évidemment valable dans le cas de vos études, vous n’imaginez pas tous les efforts que vous économiserez en faisant simplement de votre mieux au jour le jour. Croyez-en ma longue expérience d’étudiant paresseux, c’est en faisant correctement son travail au jour le jour qu’on avance plus vite et mieux.

Ça l’est encore plus dans la vie quotidienne. Soyez toujours prêts à rendre service, à donner le meilleur de vous-même dans toutes les circonstances de la vie.

A travers vous, je remercie pour la chance qui m’a été offerte de travailler aussi longtemps avec des élèves aussi formidables que vous.

On ne se croisera peut-être plus souvent dans les couloirs de l’INDA mais, si vous avez un jour l’envie de me faire plaisir, n’hésitez jamais à continuer à me faire un petit bonjour, un petit sourire quand le hasard de la vie nous permettra de nous revoir.

Je ne peux malheureusement pas vous promettre de me souvenir de chacun de vos prénoms mais chaque rencontre sera pour moi un signe, un témoignage de ce temps que nous aurons vécu ensemble.

D’ici-là, quoique vous fassiez, Faites le bien !

Au plaisir de vous revoir, excellente année à vous tous et à chacun.